23 мая 2012 г.

Un souvenir gourmand.


Extrait de Métaphysique des tubes, de Amélie Nothomb.


Personne dans la cuisine : une occasion à ne pas manquer. Je sautai sur la table et commençai l’ascension de la face nord du rangement à provisions. Un pied sur la boîte de thé, l’autre sur un paquet de petits-beurre, la main s’agrippant au crochet de la louche, je finirais bien par trouver le trésor de guerre, l’endroit où ma mère cachait le chocolat et les caramels.
Un coffret de fer-blanc : mon cœur se mit à battre la chamade. Le pied gauche dans le sac de riz et le pied droit sur les algues séchées, je fis exploser la serrure à la dynamite de ma convoitise.
J’ouvris et découvris, yeux écarquillés, les doublons de cacao, les perles de sucre, les rivières de chewing-gum, les diadèmes de réglisse et les bracelets de marshmallow. Le butin. Je m’apprêtais à y planter mon drapeau et à contempler ma victoire du haut de cet Himalaya de sirop de glucose et d’antioxydant E418 quand j’entendis des pas.

Quel souvenir gourmand de votre enfance cette histoire évoque-t-elle en vous?


Dans mon enfance, il y avait partout des bornes automatiques qui distribuaient l’eau gazeuse. On pouvait y avoir deux types d’eau – l’eau gazeuse simple pour 1 centime le verre ou l’eau gazeuse au sirop pour 3 centimes le verre. Le verre à réutiliser était à peine rincé à l’eau avant de servir le consommateur suivant. On ne m’avait jamais autorisé de boire ce breuvage pour des raisons d’hygiène et à cause de sa qualité douteuse. Evidemment, l’eau gazeuse au sirop de couleur jaune sale constituait mon rêve tout comme le chocolat auquel j’étais allergique selon mes parents.

Un jour, nous nous étions promenés en famille. Nous étions en vacances, il faisait chaud et nous tous avions soif. Tout d’un coup, le distributeur d’eau gazeuse est apparu. J’ai crié victoire. On nous a autorisés à boire l’eau gazeuse et ma sœur a déjà reçu 3 centimes et s’est précipitée vers le distributeur. Ma mère a cherché 3 centimes pour moi et … elle n’en avait plus !

On a essayé en vain de me persuader que le jus de pommes qu’on avait à la maison était meilleur. Mon eau gazeuse sans sirop avait la saveur amère de mes larmes.